Derrière le mot courbatures, il y a plein de choses.

En français, on a tendance à simplifier le concept derrière le mot de courbatures mais du coup, on ne sait pas vraiment à quoi ça correspond.

En anglais, c’est plus clair, car on parle de “Delayed Onset Muscle Soreness” ou “Douleurs Musculaires d’Apparition Retardée“.

Le terme est plutôt clair, ces douleurs musculaires se présentent sous la forme d’une raideur musculaire, un gonflement, une perte de production de force, d’amplitude articulaire et de fonction proprioceptive.

Le point sur la fonction proprioceptive est important car on verra que les Fuseaux Neuro-Musculaires (FNM), les principaux mécanorécepteurs du muscle, ont un rôle crucial à jouer dans les courbatures.

Concrètement, perdre en fonction proprioceptive veut dire que tu as moins conscience des tissus lésés dans l’espace.

Aujourd’hui encore, les causes précises des courbatures ne sont pas bien comprises.

On sait que ce type de douleur est particulier du fait que la douleur a lieu au moins 8h après l’exercice et le pic de douleur a lieu le lendemain ou, souvent, le surlendemain.

On sait aussi que la douleur peut durer jusqu’à 1 semaine.

Globalement, on décrit couramment que la douleur des courbatures serait causée par des dégradations du tissu musculaire, conjonctif et nerveux suivies par une inflammation à la suite d’un exercice avec des contraintes excentriques importantes et/ou inhabituelles.

En clair, les courbatures apparaissent quand le chien reprend un type d’effort dont il n’a plus l’habitude.

Souviens-toi du fait que, quelque soit l’exercice ou pattern du sport pratiqué, seulement une partie des fibres de chaque muscle sollicité est recrutée.

Si tu fais un 10km en course à pied, ce sera essentiellement une partie des fibres musculaires lentes de type 1 des muscles sollicités qui seront recrutées et stressées.

Si tu fais des parcours agility, la quasi-totalité des fibres des muscles concernés seront recrutées et stressées.

Les courbatures ont toujours lieu quand la nature ou l’intensité de l’effort est inhabituelle.

Ton chien peut très bien être habitué à faire de la balade 2h par jour toutes les semaines, mais s’il n’a jamais fait de parcours d’agility, tu risques d’être surpris par les courbatures, même si c’est ton chien est d’ordinaire très actif.

Selon d’autres auteurs, les douleurs des courbatures ne seraient pas causées principalement par ces dommages musculaires et conjonctifs.

Selon eux, les principaux responsables seraient les terminaisons nerveuses des axones du FNM qui seraient dégradées par la compression excessive liée à la répétition des contraintes excentriques. 

Comme tu le vois sur l’image, les FNM sont encapsulées dans le muscle par une petite cavité liquidienne dont le fluide est incompressible.

Ça veut dire que lorsque ton chien fait un exercice excentrique difficile et/ou inhabituel, la répétition de la compression du FNM sur son étirement en excentrique se superpose à la compression causée par le liquide sur les terminaisons nerveuses.

Tu vois que le FNM possède des fibres sensorielles de type 1a et 2.

La compression de ces fibres augmente leur activité.

On sait que l’exercice augmente l’activité du système nerveux sympathique (SNS) qui supprimerait la perception de la douleur pendant plusieurs heures en parallèle d’une suractivité des fibres 1a avant de laisser place à une activité parasympathique qui démasquerait l’inhibition de la douleur plusieurs heures après avec l’activité des fibres de type 2.

Du coup, les courbatures seraient, selon ces auteurs, principalement des douleurs neuropathiques (liées à une atteinte du système nerveux) car elles s’arrêtent lorsque les microlésions qui touchent les terminaisons nerveuses des motoneurones et fibres sensorielles sont régénérées.

Il reste un problème.

Tu sais bien que les courbatures durent +/- longtemps.

Ça va évidemment dépendre de l’intensité des lésions au sein des FNM et des tissus environnants.

Cela pourrait aussi s’expliquer par la complexité de l’interaction entre les tissus lésés et le système immunitaire.

On sait que les fibres nerveuses et des autres tissus lésés libèrent des cytokines pro-inflammatoires qui promeuvent la douleur et l’activité du système immunitaire.

Le type et la durée de l’exercice excentrique, le niveau d’entraînement, l’âge, la génétique, les allergies ou maladies inflammatoires pourraient aussi jouer un rôle dans les courbatures.

Comment elles devraient être traitées ?

Je t’ai donc parlé de ce débat sur les causes des courbatures mais pas de la façon dont elles devraient être “traitées“.

Concrètement, tu vois bien que, peu importe s’il s’agit principalement de lésions nerveuses, musculaires ou conjonctives… Dans tous les cas, il s’agit de contraintes qui dépassent la capacité des tissus à les encaisser.

Si la réaction derrière est inflammatoire, il semble peu pertinent de vouloir rajouter de la compression et des contraintes tensiles à la suite des courbatures via des étirements passifs, des massages/automassages, de l’exercice etc.

On sait d’ailleurs que l’exercice purement concentrique ne provoque pas vraiment de courbatures.

Du coup, c’est surtout des contraintes compressives et tensiles sur des tissus pas préparés pour cette intensité/quantité d’effort qui sont en cause.

Si ton chien (ou toi d’ailleurs ;)) avaient des courbatures, ce n’est pas une gloire, bien au contraire.

Ça veut dire que tu as dépassé la capacité des tissus: l’intensité en elle-même provoque peu de courbatures.

Admettons, si tu fais quelques ateliers progressifs puis 1 seul enchaînement complet, ton chien aura peu de courbatures voire pas du tout.

Le problème, c’est probablement d’en faire trop.

Chez un individu qui n’est pas habitué, 1 atelier intense suffit à créer de bonnes courbatures.

Si ton chien a eu une période d’arrêt sur un type d’effort spécifique, mon conseil est de vraiment reprendre doucement.

On a tendance à toujours reprendre trop vite.

Je t’ai déjà parlé dans un post il y a plusieurs mois du fait que les courbatures étaient le stade le + bas des lésions musculaires et conjonctives.

Derrière, on a les élongations, les claquages et les déchirures.

C’est comme une légère blessure sans grandes conséquences qui dure quelques jours, mais on ne doit pas se dire « il a eu des courbatures, parce qu’il a bien bossé“.

Une bonne gestion de la charge d’entraînement se démontre par la capacité de reprendre une activité sans induire de courbatures, ça démontre une bonne capacité à être très progressif et prendre le moins de risques possibles.

Parce qu’une reprise avec des courbatures qui durent 1 semaine, où ton chien marche au pied et/ou a de la peine à se lever, ça te fait louper des séances, et donc un volume qui aurait pu être mieux réparti sur le mois plutôt que sur 1 séance de reprise où t’es surmotivé mais vite arrêté.

J’espère que cette réflexion aura du sens pour toi.

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