Il y a 2 approches:

1. Celle de ceux qui cherchent à comprendre le mécanisme de blessure et cherchent à tout prix à l’éviter pour “prévenir” les récidives de blessure (spoiler: ça marche pas),

2. Celle de ceux qui font de ce mécanisme de blessure un objectif.

Tu t’en doutes, c’est cette deuxième approche qui doit être privilégiée.

Si ton chien s’arrache un ischio sur un sprint, tu ne vas pas le priver de courir toute sa vie.

Il a besoin d’apprendre à encaisser les contraintes du sprint, et développer des ischios qui résistent à des contraintes tensiles énormes à vitesse élevée en excentrique.

De même, s’il se fait une entorse, tu ne vas pas arrêter de te promener à la campagne sous prétexte que, dans les chemins, le terrain est chaotique et que c’est un à risque de refaire une entorse. Ça paraît évident. Et pourtant, on entend encore de nombreuses histoires où les conseils donnés sont d’éviter absolument certains mouvements élémentaires dans une vie.

Il ne faut pas basculer dans une vision manichéenne où on doit faire le choix entre le Yin et le Yang, le bien et le mal, le placebo et le nocebo, le fragile et l’antifragile…

Il faut trouver un compromis en fonction du contexte.

Mais bien souvent, on pourrait avoir tendance à se placer sur les extrêmes du continuum.

Ce qui n’en fait plus vraiment un continuum, mais un choix binaire.

Je ne te dis pas qu’après un ischio arraché tu dois faire sprinter ton chien le lendemain.

Je ne te dis pas que, puisque le corps est antifragile, que tu vas reprendre les sauts à 60cm le lendemain d’une entorse.

Je ne te dis pas que tu dois repartir en randonnée sur chemin caillouteux le lendemain d’une luxation d’épaule.

Soyons sérieux (souvent, on extrapole mes propos par surinterprétation, comme si j’avais dit ces choses-là alors que non).

Je te dis simplement qu’on ne doit pas être dans l’autre extrême qui stipule que ton chien ne courra plus avant de nombreux(ses) mois/semaines sans rien faire avant de reprendre comme par magie ou après des stratégies foireuses et un peu hasardeuses de la progressivité.

Comprendre le mécanisme de blessure, c’est comprendre pourquoi les tissus ont échoué.

Contraintes > Capacité = Blessure.

C’est toujours comme ça, alors il faut comprendre comment le tissu a cédé et face à des contraintes de quel type et de quelle ampleur.

Tu regretteras toujours de ne pas avoir entraîné la position dans laquelle ton chien s’est blessé” – Dr Andreo Spina.

La vérité, c’est que, si ton chien était suffisamment fort sur les amplitudes spécifiques au mécanisme de blessure, il ne se serait pas blessé.

Dans le cas des blessures d’usure, c’est évidemment aussi une question de gestion de charge d’entraînement, de répartition des contraintes biomécaniques, de stress psychosocial, etc.

Mais restons simples.

Si ton chien se fait une luxation d’épaule, c’est que probablement de base il est plutôt souple (beaucoup d’amplitude passive) mais pas très mobile (manque de contrôle moteur et de force sur une bonne partie de l’amplitude).

Du coup, l’écart est trop important entre le passif et l’actif.

Et ça, c’est pas bon du tout car le corps ne peut pas réagir en cas de pépin.

C’est pourquoi les tissus conjonctifs et musculaires sont dépassés et ça génère des luxations, des entorses ou autre.

Il y a plusieurs situations:

1. Ton chien manque d’amplitude passive et donc forcément d’actif (souplesse – / mobilité -) : dans ce cas là, si le corps est amené à aller chercher des amplitudes qu’il n’a pas du tout même passivement, ton chien est à risque important de se blesser (surtout avec les contraintes de vitesse en excentrique).

2. Ton chien a un écart passif/actif important (souplesse + / mobilité –  ) : il ne contrôle pas les fins d’amplitudes et s’y blesse.

3. Ton chien a les bonnes amplitudes passives et actives avec un bon ratio entre les 2 (souplesse +/ mobilité +), mais d’un point de vue qualitatif, ses tissus ne résistent pas aux contraintes demandées.

Tu comprends qu’il y a des problèmes quantitatifs avec les amplitudes et le ratio…

Et il y a des problèmes qualitatifs avec la capacité même des tissus dans ces amplitudes.

C’est souvent un mix d’un ensemble de choses.

Le but ici n’est pas d’expliquer comment identifier ces éléments et quoi faire en fonction de ton cas, mais plutôt de retenir que le mécanisme de blessure doit être compris et considéré comme un objectif.

Il ne doit pas être évité.

Tous ceux qui cherchent à éviter le mécanisme de blessure se rendent encore + faibles face à lui, et de toute façon, tu ne peux pas l’éviter car il est inhérent à la pratique de ton sport.

Le corps est un système dynamique et il s’adapte au mieux en fonction d’un tas de contraintes.

Ce n’est pas un problème d’arrondir le dos, juste si le corps est trop faible pour l’encaisser.

Ce n’est pas un problème de courir sur du terrain varié, juste si le corps est trop faible pour l’encaisser.

Ce n’est pas un problème que le poignet touche le sol, juste si le corps est trop faible pour l’encaisser que ça se termine en entorse.

Tu l’as compris, on finit par considérer que tout est mauvais et on finit statique à ne plus oser laisser nos chiens bouger à force d’éviter tout et bouger à travers des patterns prédéfinis (« 5min par mois d’âge », « ne pas monter les escaliers », « repos éternel à la moindre boiterie »).

Sur le terrain, il n’y a pas de mouvements patternisés: tout n’est que dynamique et adaptation.

Tu dois préparer ton chien à toutes les éventualités, pas chercher à les éviter.

Comprendre ça et changer de mindset, c’est l’étape obligatoire pour mettre en place les bonnes actions et donc obtenir les bons résultats.

Être dans l’évitement et les discours de fragilité, ça n’a jamais aidé personne et certains finissent traumatisés des blessures de leur chien sans jamais retourner sur le terrain.

Changeons ça.

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