C’est toujours comme ça.

Quand ton chien se blesse, tu ne sais pas ce qui te permet de déterminer “ok, là il est prêt pour reprendre mon sport“.

C’est vrai, comment se dessinent les frontières entre la rééducation et ton sport ?

Quelle que soit la blessure et le sport, les frontières devraient plutôt ressembler à un continuum.

Je ne fais pas la différence entre rééducation, préparation physique et entraînement pour un sport.

Dans tous les cas, c’est utiliser des tâches motrices, sensorimotrices, pour induire un signal et créer une adaptation spécifique dans les tissus (éléments biologiques) et mécanismes neurologiques.

Il y a juste des étapes entre tous ces éléments.

Le problème, c’est que presque personne ne voit les choses comme ça: et c’est bien ce qui mène à autant de récidives.

Les contraintes du sport sont mal comprises, la rééducation mal menée.

Il subsiste un écart important entre les 2 qui n’est jamais comblé et le risque de se re-blesser est toujours là.

Beaucoup pensent qu’il faut simplement se reposer, attendre de guérir puis reprendre son sport comme si de rien était.

Tu t’en doutes, ça ne marche pas comme ça.

Ok, le fait de se reposer et simplement attendre permettra aux processus inflammatoires, de guérison et de cicatrisation d’avoir lieu et la douleur reculera sans doute pas mal avec le temps.

C’est simplement l’effet de régression à la moyenne (regression to the mean): ne rien faire suffit à avoir des résultats.

Mais ce sont des résultats qui camouflent la m****.

Tu te dis “génial il a plus mal on retourne sur le terrain“.

Ça peut passer, tu ne vas peut-être pas te re-blesser au même endroit malgré le risque, mais un truc est sûr…

Tu vas compenser énormément, user d’autres zones de ton corps et ça va forcément se traduire ailleurs.

Une vraie rééducation, ce n’est pas une option.

Le problème est que l’absence de douleur n’implique pas la capacité de ton chien à reprendre le sport car les tissus sont toujours très faibles.

En fait, ce sont de nouveaux tissus qui n’ont aucune expérience face aux contraintes mécaniques.

Ils ne sont pas vraiment reliés à ton système nerveux, d’où le manque de proprioception sur les zones blessées.

Lors de la guérison et de la cicatrisation, ton chien remplace les tissus endommagés par de nouveaux tissus cicatriciels faibles.

Trouves-tu étonnant que son corps compense et qu’il se re-blesses s’il se sert à haut effort d’une zone dont il n’a même plus connaissance ?

C’est évident que ça ait lieu.

C’est bien pour ça qu’on dit que le plus gros facteur de risque pour se blesser, peu importe la blessure, c’est de s’être déjà blessé au même endroit auparavant.

La SEULE solution est de suivre un renforcement spécifique et progressif de la zone jusqu’à ce que les tissus soient suffisamment forts pour encaisser les contraintes associées à la pratique sportive concernée.

Comment on sait qu’un tissu est prêt pour reprendre ?

Évidemment, ça demande d’être capable d’analyser l’activité sportive d’un point de vue physiologique, énergétique, biomécanique pour comprendre quels tissus sont impliqués, sous quels régimes de contraction, à quels niveaux de force, vitesse, pendant combien de temps etc.

Il faut définir précisément le point A, là où ton chien en es au moment de sa blessure, et le point B, ce vers quoi tu veux revenir: d’un point de vue mobilité et performance.

Concernant le retour au sport, il y a 2 principales approches dans la littérature scientifique.

L’approche basée sur le temps (time-based approach) et celle sur les critères (criteria-based approach).

La première est archaïque bien qu’encore utilisée par de nombreux « professionnels ».

Clairement, ce sont les personnes qui te disent d’attendre et pose une attelle, propose une séance de laser, de dry-needling, des compléments alimentaires spécial « santé articulaire »…

Et te voilà la caisse de ton chien au milieu du salon, le flexi à la main à faire des tours de quartier encore 3 semaines après une entorse à ne rien faire juste parce que ce serait “les délais de cicatrisation“.

Franchement, si tu es dans cette situation, je t’envoie toutes mes pensées.

Malheureusement, l’analyse n’est souvent pas beaucoup plus poussée que ça.

Heureusement, on a compris que cette approche n’était clairement pas adaptée car elle impliquait d’attendre des paliers pour pouvoir poursuivre la “rééducation“.

Cette approche essentiellement passive mettait tout le monde dans le même panier alors que nos phénomènes inflammatoires et de cicatrisation prennent tous un temps différent.

De nombreux facteurs peuvent jouer sur leur durée et les allonger, par exemple si tu mets la glace et que tu prends les anti-inflammatoires conseillés par le vet. 

Chaque individu n’est pas une moyenne de dizaines ou centaines de sujets dans les études.

C’est une personne unique: dans la vraie vie, on évalue et on fait des choses spécifiques à la personne, pas basées sur des moyennes de population qui n’ont sûrement pas grand chose à voir avec la personne concernée, et quand bien même…

Il est préférable de définir des critères fonctionnels bien précis dont ton chien doit être capable pour pouvoir passer d’une étape à une autre dans la rééducation et éventuellement revenir à la course, aux sauts, et à ce qui vous épanouie ton chien et toi.

Le problème des critères fonctionnels généralement identifiés dans la littérature est qu’ils se basent sur des choses totalement décontextualisées de la pratique sportive (tests isocinétiques), ou sont plus ou moins représentatifs des contraintes attendues sur le terrain (un temps de course à une intensité donnée, des sauts, ou des répétitions sur un pattern de renforcement qui n’a rien à voir avec le sport).

Par exemples, les critères identifiés n’incluent jamais une capacité à être fort sur les fins d’amplitudes, c’est-à-dire là où ont généralement lieu les blessures parce que c’est là que se trouve les zones faibles.

Non, on va te dire que ton chien doit être capable de faire X min en laisse avant de rebalader en libre, puis X semaine en libre avant de reprendre les sauts et pouvoir courir sur un problème d’épaule.

On va considérer que ton chien est prêt à reprendre le sport après une déchirure de ligaments croisés au genou parce qu’il sait faire X mètre sur tapis immergés à 60% d’immersion en Y secondes, par exemple.

Tu l’auras compris, c’est très souvent bullshit et plein de choses essentielles ne sont pas considérées.

Je ne rejette pas tout car ça fonctionne en partie, mais on peut clairement faire mieux et réduire les récidives, les usures compensatoires sur d’autres zones du corps. 

Alors, quand dois-tu reprendre ton sport après une blessure ?

Tu dois suivre une approche spécifique et progressive de renforcement de la zone lésée sur toute l’amplitude articulaire, quelle que soit la blessure, et tenir compte de la douleur pour reprendre ton sport le plus rapidement possible même si la pratique est adaptée à ta blessure et que l’intensité et le volume sont faibles au début.

L’idée principale est de chercher à modifier la pratique sportive pour pouvoir tout de même pratiquer.

À toi d’adapter ce discours à ton sport, mais à titre d’exemple, si tu fais du l’agility, tu peux sûrement faire des ateliers simples et avec peu de vitesse, même si c’est niveau 0 pour ton chien et toi au départ.

Peu importe, au moins tu continues d’enfiler tes chaussures et d’aller faire des choses que tu aimes avec ton chien.

Tant que possible, il faut adapter l’activité pour pouvoir continuer de pratiquer.

C’est important pour reprendre confiance et se motiver dans la rééducation, plutôt que de basculer dans une approche nocebo, fragile et kinésiophobique.

Le corps s’adapte et il est fort, pas figé dans la fragilité.

Adapter en fonction du contexte

Évidemment, certaines blessures t’empêchent complètement de pratiquer ton sport même à faible volume et intensité.

Si ton chien a une fracture, une luxation, une rupture ligamentaire, musculaire, tendineuse ou même qu’il ressent des douleurs d’usure terribles (ce ne sont que des exemples), ton chien va difficilement pouvoir continuer de courir et faire du sport.

C’est pas grave, il faut reculer pour mieux sauter.

La course et les sauts, c’est plus loin dans le continuum de la rééducation.

On revient en arrière mais au moins on a une cible bien précise à poursuivre et c’est plus motivant que de ne pas savoir où on va.

Je dis des choses très générales car chaque blessure et chaque contexte adaptera le processus d’une façon différente, mais l’idée générale reste toujours la même.

Blessure –> renforcement spécifique et progressif –> faire des tests et retests vers une pratique adaptée du sport en fonction de la douleur –> être progressif sur les contraintes sportives en continuant la rééducation en parallèle –> revenir à son meilleur niveau même encore mieux.

Je ne peux pas te dire « ton chien dois reprendre le sport au bout de X jours/semaines/mois ou en ayant rempli Y critères ».

Parfois, le chien remplit les critères mais tu n’es psychologiquement pas du tout prêt tellement on t’a sermonné de fragilité.

D’autres fois, tu te fous littéralement de la blessure et tu es déterminé à reprendre le plus rapidement possible quoi qu’on te dise et peu importe les douleurs de ton chien.

La meilleure voie est celle de la compromission.

Bonne soirée,
Aurore

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